Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

les textes
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Les petits cailloux de : fleur de lupin

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

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fleur de lupin, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 1 février 2007

10/11/1971...Je ne me souviens plus

Il paraît qu’il neigeait ce jour là,
Il paraît que ma grand-mère voulait une petite fille,
Il paraît que ma mère était certaine d’attendre un garçon,
Il paraît que papa est monté dans un bus en T shirt quand il a su,
Il paraît que je lui ressemblais comme deux gouttes d’eau,
Il paraît que ma mère aurait aimé que je naisse le 9, jour de naissance de ma grand mère,
Ou le 11, pour que ça fasse onze onze mille neuf cent soixante et onze,
Ce fut le 10,
Il paraît que c’est mon père qui a eu l’idée de me donner en 3ème prénom Désirée,
Il paraît…
Je ne me souviens plus.

fleur de lupin

fleur de lupin, sur le chemin de 19xx à 2006,
jeudi 8 février 2007

1977 - Seconde naissance....

Je n ‘ai que peu de souvenirs de ce moment. Juste des images qui me reviennent. De plus en plus floues. J’étais venue la chercher jusqu’à la voiture. Un mois qu’elle n’était plus là. Je me rappelle qu’elle avait un foulard sur la tête. Je ne sais plus, si on m’avait prévenue pour les cheveux. J’étais intimidée. Ca je m’en souviens. Je ne savais pas trop quoi lui dire. Et puis aussi elle avait un gros pansement sur son œil. Cet œil qui restera à moitié fermé pendant plusieurs années.

Je ne sais pas pourquoi, mon père n’était pas là…déjà !

Ca se passait chez ma grand-mère. Elle a monté les marches du perron, j’étais derrière elle, elle est entrée, elle est allée s’asseoir dans le fauteuil de ma grand mère, celui où elle cousait. Là j’ai une image précise d’elle.

Même je souviens qu’elle a dit : « Ah ça y est elle a retrouvé la parole", en parlant de moi, car au fur et à mesure des minutes, je retrouvais ma mère.

J’avais 5 ans. Ma mère venait de se faire retirer une tumeur au cerveau. Elle fut hospitalisée un mois entier.

J’ai su plus tard que tous ont cru qu’elle allait mourir. Que tous craignaient que la tumeur puisse être cancéreuse. Mais moi, ce dont je me souviens c’est que l’on ne m’a pas dit grand chose. Je suis restée dans l’inconnu. A l’époque, en plus, les enfants étaient formellement interdits dans les hôpitaux, j’ai donc été coupée d’elle soudainement. Mon naturel sauvage et solitaire de cette époque s’en est trouvé exacerbé selon les dires de ma grand-mère. Forcément, la communication n’était et n’est toujours pas, religion familiale !!

Et ma mère, après, était un peu une autre. Encore aujourd’hui, les photos de cette femme endolorie avec soit son pansement sur l’œil, soit cet oeil mi fermé m’arrache des larmes car je prends maintenant l’ampleur de l’atteinte à son intégrité physique, à sa féminité, que ce fut.

Et pourtant, je me suis penchée sur des photos ce week-end à la faveur de cet exercice à remonter le temps ; et je l’ai vue avec mon père dans le sud de la France où nous étions parti tous les trois pour les vacances 2 années plus tard. Le pansement est toujours là, mais la mode était aux grosses lunettes de soleil !! Heureusement !

Et je la vois, là, avec mon père, en short et en sabot, terriblement sexy, si belle, si rayonnante, si jeune.

Longtemps, elle a fêté cette date en disant : "c'est ma seconde naissance"....

fleur de lupin

fleur de lupin, sur le chemin écrits dans la marge,
dimanche 4 mars 2007

Comment faire ricocher des cailloux ronds ?

Se surprendre à des heures où normalement Morphée me tient tendrement dans ses bras à dérouler au brouillon le fil de sa vie pour jeter ces petits cailloux et les faire ricocher au gré de quelques mots d’abord griffonnés sur un papier…

Faire l’effort de se remémorer année pas année. S’étonner de celles qui vous sautent au souvenir et de celles que l’on a laissées en sommeil. S’étonner de ces méandres de la vie qui s’effacent derrière d’autres méandres. Bref se retourner. Comprendre des zones d’ombre.

Se demander pourquoi jouer à ce jeu. Nécessité ? Plaisir ? Besoin ?

Et constater que si l’aventure est bien collective, l’exercice reste très égoïste.

Ca y est les petits cailloux sont dans mes poches. Reste à les faire ricocher. Certains semblent si lourds, rebondiront-ils sur l’eau ?

Deux billets écrits seulement, je voudrais écrire ces années qui m’ont fait souffrir, celle qui m’ont éblouie de bonheur mais je ne sais pas par où les prendre….il faut des cailloux plats pour les ricochets réussis et ceux là sont ronds, pleins, bombés à souhaits !

fleur de lupin