Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

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Les petits cailloux de : Flo

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

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Flo, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 25 février 2007

1976: une naissance à l'envers

17 mai 1976: naissance par le siège à Lausanne, Suisse. Déjà une drôle de façon d'aborder la vie, et pourtant toutes les étoiles et toutes les fées sont au rendez-vous sur mon berceau: Taureau ascendant Lion, de l'année du Dragon. On y croit, on n'y croit pas, dans les pires moments, je me rappelle que les constellations m'ont bénie.. Je serai le dernier bébé du canton à naître par le siège. Et déjà, je suis citoyenne du monde: mon père est italien, la loi de l'époque veut que l'enfant prenne automatiquement la nationalité du père, je suis déjà étrangère dans mon propre pays. Il faudra attendre quelques mois, l'assouplissement législatif pour que ma mère ait le droit de réclamer ma nationalité suisse, et m'offrir le luxe de deux passeports.

Bébé de l'amour ou bébé sauveteur? Je ne le sais pas, et je pense que je ne le saurai jamais. Mes parents ont 33 ans, mariés depuis 6 ans, ensemble depuis plus longtemps encore. Ils m'ont toujours dit avoir voulu prendre leur temps, c'est leur histoire, je n'en sais pas plus. Mon père rêvait d'un petit garçon blond, il hérite d'une petite fille noire de jais, qui finira par perdre ses cheveux, mais n'en deviendra pas blonde pour autant. Il s'y fait, il n'a pas le choix, et finalement, il est fier comme un pape d'exhiber son petit trésor. L'année se déroule 3 mois et déjà dans l'avion, direction la Tunisie, chez mon oncle, sous l'olivier et dans le chant des grillons. Je gazouille, gigote sur leurs genoux, sur une peau d'ours, je ne suis pas un bébé facile: déjà agrippée à ma mère, à la recherche de son contact, de sa présence.

Ce n'est que le début....

Flo

Flo, sur le chemin de 19xx à 2006,
dimanche 4 mars 2007

1977: ouverture sociale

1977, j'apprends à marcher. Marcher dans la neige, chaussée d'immenses bottes, lutin dans son bonnet rouge, engoncée dans mon anorak. Je marche au bord de la piscine, en Tunisie, toujours et encore, accrochée par mes parents pour ne pas tomber à l'eau, au bord de la mer, assise dans le sable avec juste un petit foulard dans les cheveux, angoissée par ces immenses vagues qui se fracassent à mes pieds, à vouloir faire des chateaux sans me salir les mains.

Entourée de la tribu familiale, mes cousins, dans leur pleine adolescence, d'un brun doré du soleil de leur pays, sont déjà un modèle que je ne cesserai d'admirer. Dans les montagnes suisses aussi, mon petit cousin, de 6 mois mon cadet, est encore dans les bras de ma tante. Plus tard, dans quelques années, complices dans nos jeux et nos rêves, il me demandera de l'épouser, et voudra m'offrir un chateau, puisqu'il est mon roi et que je suis sa reine.

Et enfin l'Italie, mes grands parents, le village déjà plein d'odeurs de bétail, les longues promenades dans les champs, et les rires sur la balançoire non loin du poulailler. Ces instants seront trop courts, ils seront les seuls que je partagerai avec mon grand père, qui nous quittera trop tôt, et même si je l'ai si peu connu, aujourd'hui encore je sais qu'il n'est pas loin de moi, qu'il m'a marquée pour ma vie, que sa bonté, sa bienveillance, son amour pour moi éclaireront ma vie comme une bénédiction supplémentaire. Je vole dans les airs, dans ses bras, j'avance pas à pas dans une robe fleurie pour aller chercher les oeufs.

Je suis au milieu de mon clan, une princesse, entourée d'une famille qui ne sera jamais très loin et qui tout au long de ces trente prochaines années me soutiendra.

Flo

Flo, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 27 août 2007

1978: la petite fille au chat

1978, la vie se déroule. En famille, avec les amis. En hiver à la montagne, en été au bord de la mer, en montagne. Mes cousins m'entourent, ma famille est présente, je suis la petite princesse au milieu de sa cour.

Petit bébé dans les bras de ma mère, au biberon, à sucer mon pouce. Grande fille qui fait une balade sur un âne, qui admire son père jouer au tennis. Petite fille devant des grands parents présents et aimants, même si les contacts avec mon grand-père sont et resteront difficiles. Il est pourtant déjà le seul qu'il me reste...

Petit lutin au milieu de ses amis: baignades ensemble, jeux dans la neige, dans le sable. En polo de garçon ou en habit de pluie avec un chapeau, j'ai l'air à la fois émerveillée et effarée du monde qui s'ouvre à moi.

Et fin de l'année arrive une petite boule de poils roux, dans un panier, débarquant dans ma vie et chamboulant mon coeur. Tellement rond et tellement poilu qu'il se prénommera Poil. Mon confident, mon repère pour les quinze années à vivre, celui qui sera à mes pieds pendant la nuit, dans mes pensées pendant les vacances, dans mes bras le reste du temps.

L'enfance d'une petite fille ordinaire et chanceuse se déroule au rythme des saisons...

Flo

Flo, sur le chemin de 19xx à 2006,
lundi 3 septembre 2007

1979: déménagement

1979: c'est un grand appartement, à deux pas du lac, un lieu en hauteur et rempli de lumière, qui me laissera à tout jamais l'amour des baies vitrées et de la vue. Un lieu où je découvre ma chambre, la plus grande de tout le lieu, où je peux me réveiller le matin en plongeant mon regard dans le lac, les montagnes qui l'entournent, où j'entends le pépiement des oiseaux cachés dans le sapin à côté.

Je ne me souviens pas de notre appartement précédent, mais celui-ci restera mon chez-moi jusqu'au bout, il est encore le lieu où je pars me ressourcer, chez mes parents, un lieu que je ne pourrais pas envisager de perdre, même si aujourd'hui je suis partie à des kilomètres de là.

1979 et ses balades: des balades en montagne, ces montagnes que je vois désormais du matin au soir, des balades au bord de la mer, les pieds dans le sable. Sur le dos d'un cheval, d'un âne en Italie. Des balades dans les bras de mon père, à la main de mes grands parents. Des balades avec mes cousins, en Tunisie, dans la blancheur éblouissante des rues de Sidi Bou Saïd, où je découvre le bonheur de déguster des bombolonis remplis de sucre. Des balades aussi, dans la campagne italienne, les mains pleines de fleurs, à ramener à ma grand-mère, à ma mère.

Je grandis avec des sourires sur le visage et des fleurs dans les mains....

Flo