Petits cailloux et ricochets

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le projet

En novembre et décembre 2006, Anna Fedorovna Kozlika a remonté les années de 2006 à sa naissance au rythme d'un billet pour chaque année. Elle a appelé cette série « Mes petits cailloux 2006-1960 »

A la fin, elle a eu envie de reprendre le chemin en sens inverse et quelques blogueurs ont eu envie de la suivre : ces billets avaient fait naître en eux échos, sourires, jeux de miroir ou clins d’œil... ces fameux ricochets que font les petits cailloux lancés au fil de l'eau.

Le blog collectif que vous êtes en train de lire a été créé ainsi, au détour de discussions au bas de quelques billets. Il s’appelle « Petits cailloux et ricochets » et accueille les textes de tous les participants.

Si vous aussi vous souhaitez faire des ricochets, les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

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Les petits cailloux de : Ame

(Les billets sont présentés dans l'ordre chronologique de leur écriture.)

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Ame, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 28 janvier 2007

2006 : 28 Juste une mise au point

Un coup d’œil à ma « check-list » : passeport, billet, piles appareils photo et médocs… Il fait beau. J’ai appelé quelques personnes hier pour les « au revoir » de circonstances. Ce matin, je pars.

Je me souviens de cette idée qui m’était venue un an plus tôt. De partir loin en voyage. Itinérant en « sac à dos ». En Asie. Une amie était enthousiaste. Puis elle s’était rétractée. Des annonces pour trouver des compagnons de voyages ensuite. Quelques réponses et puis la décision qui s’est imposée à moi début janvier. Je partirai seule. Le plus dur est pour moi d’affronter un regard de surprise quand j’en parle. Partir seule m’est déjà arrivée. Moins loin, moins longtemps, ça correspond à mon tempérament à mes envies d’indépendance et de solitude. J’ai 28 ans, et plus les années passent et plus j’ai l’impression que la solitude, le célibat sont mal vus. J’ai 28 ans. 28, C’est mon chiffre bonheur. Un bon cru, m’étais-je dit et pourtant, tant de doutes, de déceptions en cette année.
Un coup d’œil à ma montre alors que j’attends la navette pour l’aéroport. Je suis en avance. Comme pour ce billet, acheté en janvier pour ce voyage, économisé et rêvé les mois suivants. Ce sera en Thaïlande. 3 semaines. Je me suis préparée quelques points d’itinéraires, certains touristiques, d’autres beaucoup moins. Mais je le découvrirai plus tard.
Pour l’instant, je me dis que j’y suis finalement dans cette file d’attente pour l’enregistrement des bagages. Pas la peine d’utiliser l’assurance annulation pour ce trajet.
L’assurance et l’angoisse. En janvier, lorsque j’avais pris le billet, je traversais une période d’angoisse, d’insomnies. Avec le recul, je comprends mieux ce qu’il m’est arrivé. Pour la première fois, j’allais travailler pour un seul et même employeur pour l’année à venir. Pas de possibilité d’être le cul entre deux chaises, de jouer sur plusieurs tableaux. Il faudrait que je fasse avec. Dans une ambiance de boulots morose et avec des collègues très fatalistes, pessimistes. Je commençais à être contaminée. Et il y a eu l’achat du billet, sans prendre l’assurance annulation. Et la peur. Irraisonnée, cette peur, d’avoir jouer mes économies sur un coup de poker. Le lendemain, je trouvais une autre compagnie pour m’assurer, et me rassurer.
Je monte dans l’avion. Escale à Rome. L’Italie est mon deuxième pays. Je m’y sens bien, je pars en confiance. Peut-être aurais-je le temps d’acheter un magazine, d’y boire un caffè macchiato.
L’avion décolle et je réalise les attentes que je me suis faite autour de ce voyage. Une semaine plus tôt, à une copine, je parlais même de voyage initiatique. Juste une mise au point, pour reprendre les paroles d’une chanson. Aller vers un endroit inconnu où je ne connais personne et voir comment je me débrouille. Faire le point sur mes projets, ma vie actuelle, mes doutes. Vivre en retrait selon un autre rythme, me poser dans un endroit et y prendre mes habitudes. Réfléchir sur le tourisme prêt à consommer. Communiquer. Observer. Essayer de comprendre ce qui est différent ou pourquoi ça ne l’est plus. Ce sera un peu tout ça et bien d’autres choses encore.
Mais à ce moment-là, quelque part dans le ciel au-dessus de la Méditerranée, je me dis que j’ai de la chance. Je pars loin, je pars en vacances.

Ame

Ame, sur le chemin de 2006 à 19xx,
dimanche 4 février 2007

2005 : 27: Ose Hannah

  • 1er janvier : Il me demande de lâcher nos apparts pour en prendre un, ensemble.

Sensation de souffle coupé. J'hésite entre deux extrêmes : angoisse normale de type excitation ou flip total de type effondrement.
N'y vas pas, je t'en prie resaisis-toi...ça marchera pas, cette histoire, tu le sais...depuis quelques temps déjà...
Je lui dis que je dois y réfléchir, qu'il faut qu'on en reparle.
Mon appart, c'est pas juste un toit, c'est mon indépendance. Partager un toit avec lui...je sais pas, je me demande.
Levant la tête et regardant nos murs avec ses affiches, son canapé, ses CD, sa musique...et toi, tu seras où? N'y vas pas...
Un rêve, la nuit suivante : mon psychanalyste d'un côté d'une table, moi de l'autre, ma mère sur une chaise en arrière. Le psy note des questions, les essentielles, celles qui reviennent dans les silences de chaque séance, je les auraient oubliées pour la plupart au réveil. Puis, il note Hannah, me demande si je sais ce que ça veut dire. Je lui parle de la chanson de Noir Désir "en route pour la joie" et j'écris Hannah=joie."Comme ils disent dans le refrain lui dis-je".
Lendemain matin, main dans les poches, poches sous les yeux, yeux dans la rue, quelque part, ailleurs. Il faut que j'y réfléchisse et qu'on en parle, on parle pas assez, depuis quand y pense-t-il d'abord?
N'y vas pas! ce rêve, tu veux pas le voir? ces questions, tes questions, tes thèmes tout ça...Et Hannah=joie? Ah bon? C'est dans la chanson de Noir Désir?
Non, la petite voix a raison, c'est pas ça qu'il dit dans la chanson, il dit " Hosanna, Hosanna".
J'en reste stupéfaite : Ose Hannah.

  • Courant janvier : ...

Il faut que tu lui parles que ça s'arrête, le plus tôt sera le mieux, pour lui, pour toi, ce sera moins douloureux...

  • Courant février :

(à une amie) "Tu sais, je m'étais dit que dans le doute, ce serait non. Quand il me l'a dit, je me suis dit, si c'est oui, tu fonces, si c'est non, on stoppe tout parce que je crois que ce sera clair, non? Mais si je doute vraiment encore, ce sera non aussi...
-Et là t'en es où?
-Ben, c'est un jour oui, un jour non. Je suis ou super excitée et j'ai hâte ou speedée et je déprime, je me sens mal. Et c'est très difficile d'en parler, comme si c'était jamais le moment. ça doit être dur aussi pour lui, que je sache pas."

  • Courant mars : je l'ai quitté dans le doute, un matin, en pleurs.

Il a paru surpris, j'ai été mal. Je le quittais à reculons, je croyais douter.
ça va être dur au début, bien sûr, mais ça viendra...Souviens-toi, cette ivresse que tu as ressentie l'autre soir en rentrant chez toi, l'impression d'être libre, ça reviendra d'autres fois...

  • Courant avril :

un sentiment de malaise qui s'estompe. On se reverra en amis. Il est plus désarmé que moi face à la solitude.

  • Mai-juin :

je me croyais indépendante et je réalise petit à petit l'emprise qu'il a eu sur moi, en douceur, à l'usure. Toutes ces chansons que je n'écoutais plus, ces amis perdus de vue. En douceur. A l'usure. Je suis fâchée. Contre lui, contre moi...Et je n'ai rien vu, je me suis apperçue de rien. Comment ai-je pu? Je n'étais plus moi, il faudra que je me retrouve. C'était pas la bonne personne. Et puis, on parlait pas assez, il ma culpabilisée, m'a fait prendre la décision seule finalement. Il était lâche mais je l'ai aimé.
Et pourtant tu garderas longtemps ce goût amer, cette impression de t'être laissée avoir...qui laissera la place plus tard à cette hypothèse : avoir voulu vivre une presqu'hstoire pour te prouver que ça pouvait t'arriver, à toi aussi...

Ame

Ame, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mardi 13 février 2007

2004 :26 Celle qui (n') était (pas)...

Souvenirs brumeux de cette année (raisons évoquées en 2005). Mais un quand même dont je veux témoigner .

L'odeur de la mer.
Au loin les lumières de la Centrale.
Le bruit des pas sur les planches.
Ce chemin ne nous mène nulle part, il finit dans l'eau, plus loin.

Ma grand-mère me parle des gens qui habitent dans un autre quartier. Nous marchons lentement, il fait doux, presque nuit.
3 ans que nous ne nous étions vues.
Mon grand-père est resté à la maison. La nouvelle.
Ils ont quittés le village où ils avaient élus domicile depuis la retraite. C'était le village où était né ma grand-mère. La fille du pays, revenue y passer ses derniers jours. Mais lui,son Italien de mari n' a jamais vraiment été accueilli. Et puis, la maladie, la distance, les mêmes gens, toujours.
Ici, c'est plus simple. Leur rue ressemble à un décor de film. Tout est très polissé. Il y a des choses prises en charge par la mairie. Des navettes. Des commerces à proximité. Puis la mer...
Mon grand-père est malade et c'est pour ça que je suis venue. Relations tendues parfois mais envie de le voir peut-être pour la dernière fois. Et puis, j'ai toujours bien aimé ma grand-mère. Elle a pas eu une vie facile. Elle a pas un caractère facile. Mais je l'aime bien. J'ai envie de la connaître, toujours mieux.
Elle est contente que je sois venue. Elle me le dit.
Alors, nous nous baladons toutes deux ce soir de mon arrivée chez eux. Avec hâte, elle parle, me raconte. Je lui raconte aussi, je découvre sa nouvelle ville, je lui dis que c'est beau, qu'ils ont bien fait de venir ici.
Elle me parle de mon père, son fils. Me dit qu'elle ne comprend pas pourquoi il les a rejetés si violemment il y a trois ans. Je ne dis rien.
Je suis venue pour les voir, pour les connaître mieux, partager des moments.
Il fait si doux pour notre ballade.

L'odeur de la mer.
Au loin les lumières de la Centrale.
Le bruit des pas sur les planches.
Ce chemin ne nous mènera nulle part, il finira dans l'eau, plus loin.

Titre en référence à d'autres situations qui me sont sont revenues à force de me questionner sur cette année :
-un boulot manqué car je n'étais pas un homme
-une reprise d'études envers et contre les préjugés sur moi-même
-un amour où je n'étais sûrement pas celle-là...

Ame

Ame, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 21 février 2007

2003 : 25 Analyse

J'y avais déjà pensé il y a quelques années en amont, comme une évidence.
Pourtant, mon esprit, buriné par une grande dose d'introspection et d'indépendance, avait un temps abandonné ce projet.
Ce sont des évènements douloureux ou destabilisants (pas nécessairement négatifs) qui m'amènent à sauter le pas cette année-là, en mars.
J'ai presque 25 ans et je souffre, je me crois parfois folle, à côté de la plaque, sous une apparence pourtant très forte, très maîtrisée. Je me sens fragile, dans mes convictions, dans mes choix, au boulot.
C'est à ce dernier niveau que ça se décidera d'ailleurs, comme un alibi. La douleur et les sentiments qui me traversent par moment doivent pouvoir trouver un éxutoire, une façon de se dire, de se comprendre.

Je téléphone à une médecin que j'avais vue une fois et qui m'avait fait bonne impression, je lui demande un nom. Elle me demande de la rappeller mais je ne le ferais pas. Je connais peu de personnes qui consultent un psychologue alors je ne sais pas trop qui choisir. En plus, je n'ai pas vraiment envie de parler de ma démarche. Je feuillette l'annuaire et m'arrête ici ou là selon les adresses. L'un d'eux, pas trop loin de chez moi et appartenant à une école freudienne attire mon attention. Je prends RDV.
L'homme qui m'accueille semble venir d'un autre siècle, un petit côté rétro dans sa démarche et sa coiffure. Il est calme et ça me rassure. Je lui parle de ma démarche et nous convenons d'autres rendez-vous. J'en sorterais au début en pleurant mais ça passera.
D'un face à face, je lui demande au bout de quelques mois à entreprendre une analyse. Le rythme des séances augmente et la position allongée me donne l'impression de me retrouver face à moi-même, sans regard pour me soutenir. J'apprends donc à faire sans, peu à peu, à arrêter de m'imaginer ce qu'il peut penser. C'est pas facile mais c'est utile, je crois. Et puis, je me sens soutenue quand même, j'ai toujours l'impression qu'il rebondit sur des choses importantes, me soutient quand j'en peux plus.
Entreprise pour un soutien, c'est un autre chantier que j'ouvre, une nouvelle façon de voir des choses que je découvre. ça me va bien, je m'y retrouve. Il y aura des hauts et des bas, des moments où je rechigne à y aller, d'autres où j'attends avec impatience. Mais je n'ai jamais regretté cette démarche, c'était sûrement le bon moment pour moi.

Ame

Ame, sur le chemin de 2006 à 19xx,
mercredi 28 février 2007

2002 : 24 Mon métier

J'ai eu du mal à l'écrire en haut de mon Curriculum Vitae.
C'est pourtant une page importante de ma vie qui s'est écrite, un de ces derniers jours de juin.
Après 2 années d'études prenantes en temps, énergie, remises en cause, prises de becs, découvertes, bouleversements internes et externes, j'étais officiellement diplômée.
Contente, motivée, un peu pensive face à l'angoisse de ce qui allait suivre mais au moins, on se regardait tous en disant qu'on y était arrivés, enfin! L'impression d'une vague imposture, de ne plus savoir rien, ni ce qu'on avait acquis, ni ce qu'on savait d'avant. Un flou dû probablement au fait que c'est un des métiers qu'on apprend aussi au fil des expériences. Mon manque de confiance en moi était cependant apparu de façon criante, bien que masqué derrière une apparente maîtrise de catastrophe en tout genre. Je me sentirais donc portée avec bonheur par les encouragements et désirs de deux formateurs et des professionnels rencontrés ici ou là au fil des stages qui eux ne doutaient pas.
Au milieu de cette année, j'ai vraiment pris un nouveau départ.
J'avais ces deux dernières années appris à me re-connaître. J'avais l'impression de renaître en partant désormais de ce nouveau savoir sur moi-même.
Cette même année, je me suis installée dans un petit appartement charmant, seule après deux ans en colocation. Besoin de me retrouver après toutes ces émotions.
Enfin, j'ai re-connu les galères de la recherche d'emploi, des démarches administratives et autres. Rigueur budgétaire au programme, mon nouveau chez moi était à ce prix. Début d'une période de précarité à ne pas savoir quand j'allais bosser, rentrer, voir untel, aller à la CAF. Sur mon agenda de l'époque, à côté des horaires diverses et variées de travail en remplacement (week end, nuit, soirées, journées...), on pouvait lire "dormir".

Année mouvante, instable. J'avais tout à prouver, tout à construire et finalement tout à prendre.

Ame

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